La retraite des salariés du privé (industrie, commerce, services) soulève de nombreuses questions : à quel âge peut-on partir ? Comment sont calculés les droits ? Quels dispositifs permettent d’augmenter sa pension ?
Le système repose sur deux piliers qui fonctionnent selon des règles différentes :
- La retraite de base, gérée par l’Assurance retraite (CNAV, CARSAT, CGSS, CSS), fonctionne sur la validation de trimestres et le calcul de la pension à partir de la moyenne des 25 meilleures années de salaire (dans la limite du plafond de la Sécurité sociale)
- La retraite complémentaire, gérée par l’Agirc-Arrco, repose sur l’acquisition de points tout au long de la carrière, convertis ensuite en pension lors du départ à la retraite
Comprendre ces deux régimes est essentiel pour préparer sereinement son départ, anticiper le montant de sa future pension et éviter les mauvaises surprises.
Dans ce guide complet, nous passons en revue les points clés : cotisations, acquisition de trimestres et de points, conditions de départ, modes de calcul, dispositifs d’optimisation et démarches administratives.
À retenir : la retraite d’un salarié du privé comprend une pension de base et une pension complémentaire. La pension totale dépend à la fois du nombre de trimestres validés et du nombre de points acquis.
La retraite de base des salariés du privé
Les cotisations retraite au régime de base
Pour la retraite de base, chaque salarié du privé cotise automatiquement à l'Assurance retraite. Ces cotisations sont prélevées directement sur le salaire brut et sont partagées entre le salarié et l’employeur. Elles servent à financer directement les pensions des retraités actuels, selon le principe de la répartition : les cotisations des actifs payent les pensions des retraités.
Deux types de cotisations s'appliquent :
- La cotisation vieillesse plafonnée : elle ne concerne que la part du salaire située sous le Plafond Mensuel de la Sécurité sociale (PMSS), fixé à 3 925 € en 2025. Elle est de 6,90% pour le salarié et 8,55% pour l’employeur. Sur le bulletin de salaire, elle apparaît sous la ligne « Sécurité sociale plafonnée »
- La cotisation vieillesse déplafonnée : elle s’applique sur l’intégralité du salaire. En 2025, elle est de 0,40% pour le salarié et de 2,02% pour l'employeur. Sur le bulletin de salaire, elle apparaît sous la ligne « Sécurité sociale déplafonnée »
L'acquisition des trimestres de retraite de base
Tout au long de sa carrière, le salarié acquiert des droits à la retraite matérialisés par des trimestres d’assurance. Les trimestres peuvent être acquis de deux manières :
- Acquisition par le travail : en contrepartie des cotisations versées, le salarié valide des trimestres. En 2025, un trimestre est validé dès que le salarié a cotisé sur un revenu brut équivalent à 150 fois le SMIC horaire, soit 1 690,50 €. On ne peut valider que jusqu’à 4 trimestres par an, quel que soit le niveau de salaire
- Acquisition par des périodes assimilées : certains événements de la vie permettent de valider des trimestres sans cotisations effectives : chômage indemnisé, arrêt maladie, maternité, congé parental, accident du travail, invalidité, service militaire, ...
À retenir : ces trimestres sont essentiels, car ils déterminent le droit à une retraite à taux plein et influencent directement le montant de la pension.
Les conditions pour obtenir la retraite de base à taux plein
Pour percevoir l'intégralité de sa retraite de base, le salarié du privé doit remplir 2 conditions principales :
- Atteindre l’âge minimum légal : depuis la réforme des retraite de 2023, l’âge légal de départ à la retraite varie entre 62 et 64 ans, selon l’année de naissance. Dans certains cas particuliers, un départ anticipé est possible. Par exemple pour les personnes en situation de handicap ou celles ayant commencé à travailler très jeune (carrière longue)
- Avoir le nombre de trimestres requis : le salarié doit également avoir acquis un certain nombre de trimestres, appelé durée d’assurance requise. Depuis la réforme de 2023, cette durée varie entre 167 et 172 trimestres selon l’année de naissance
Si tous les trimestres ne sont pas validés, la pension subit une décote. Cependant, le taux plein est automatiquement garanti à 67 ans, quel que soit le nombre de trimestres validés.
Le mode de calcul de la retraite de base
Le montant de la retraite de base des salariés du secteur privé est calculé à partir de la formule suivante :
Pension = Salaire Annuel Moyen (SAM) × Taux de liquidation × (Durée d’assurance validée au régime général / Durée d’assurance requise pour le taux plein)
Voyons en détail chacun de ces éléments.
1. Le Salaire Annuel Moyen (SAM) : le SAM correspond à la moyenne des salaires bruts soumis à cotisation au régime général pendant les 25 meilleures années de carrière (moins si l’assuré a travaillé moins de 25 ans).
- Tous les éléments de rémunération sont pris en compte (salaire de base, primes, heures supplémentaires, indemnités journalières de maternité, etc.)
- Les salaires sont revalorisés en fonction de coefficients de revalorisation fixés chaque année.
- Depuis 2005, les revenus pris en compte ne peuvent pas dépasser le plafond de la Sécurité sociale
- Les revenus de l’année du départ à la retraite ne sont pas inclus dans le calcul
2. La durée d’assurance validée : il s’agit du nombre de trimestres retenus par l’Assurance retraite. On distingue :
- Les trimestres cotisés : acquis grâce à l’activité professionnelle (le salaire permettant de valider 1 trimestre évolue chaque année, avec un maximum de 4 trimestres par an)
- Les trimestres assimilés : attribués pour certaines périodes non travaillées mais protégées (chômage indemnisé, maladie, accident de travail, congé parental, invalidité, service militaire, etc.)
- Les trimestres validés par présomption : lorsqu’un justificatif (bulletins de salaire par exemple) permet d’établir l’activité en l’absence de données de cotisation
- Les trimestres gratuits accordés notamment pour enfants (maternité/adoption, éducation)
3. La durée d’assurance requise pour le taux plein : c’est le nombre de trimestres nécessaires pour obtenir une retraite à taux plein. Il varie entre 167 et 172 selon l’année de naissance.
4. Le taux de liquidation : le taux de référence est de 50 % si l’assuré remplit les conditions du taux plein. En cas de trimestres manquants (et départ avant 67 ans), s'applique une décote de -1,25% par trimestre manquant (dans la limite de 20). À l’inverse, si l’assuré continue à travailler au-delà de l’âge légal tout en ayant déjà le taux plein, une surcote de +1,25 % par trimestre supplémentaire s’applique. Même si l’assuré a droit au taux plein, la pension de base peut être réduite si tous les trimestres validés ne relèvent pas du régime général. C'est la proratisation. En effet le taux de 50 % est multiplié par le coefficient de proratisation, calculé comme suit :
Coefficient de proratisation = Durée d’assurance au régime général / Durée d’assurance requise pour le taux plein
Ainsi, la pension de base est proportionnelle au poids de la carrière effectuée dans ce régime.
Les leviers d'optimisation de la retraite de base
Il existe plusieurs options pour optimiser sa date de départ ou augmenter le montant de sa future retraite.
Vérification et correction de carrière
La première étape pour optimiser sa retraite est de s’assurer que son relevé de carrière reflète fidèlement l’ensemble de son parcours professionnel. Ce relevé, appelé Relevé individuel de situation (RIS) est consultable à tout moment sur le site info-retraite.fr. Il retrace tous les trimestres validés et les salaires pris en compte dans le calcul de votre future pension.
À partir de 55 ans, on peut obtenir une Estimation indicative globale (EIG). Elle inclut des projections de pension selon différents âges de départ, pour vous aider à mieux anticiper votre retraite.
Cependant il n’est pas rare de trouver des erreurs ou des omissions sur ces documents : trimestres erronés, salaires mal reportés, enfants non pris en compte, périodes d’activité en France ou à l'étranger manquantes, tout comme les périodes assimilées : chômage, maladie, maternité, accident de travail, congé parental, service militaire.
Chaque anomalie peut avoir un impact direct sur la date de départ à taux plein et sur le montant de la pension de base et de complémentaire par ricochet.
À faire pour sécuriser vos droits :
- Vérifier régulièrement son relevé, dès 55 ans au plus tard
- Comparer avec ses justificatifs : bulletins de salaire, attestation d'indemnisation chômage, extrait de service militaire, etc.
- En cas d’anomalie, demander une correction auprès de sa caisse (CNAV/CARSAT, CGSS, CSS) en joignant les justificatifs nécessaires.
À noter que plus la demande de correction est faite tôt, plus elle est simple à traiter. À l’inverse, attendre le moment du départ peut retarder le versement de la retraite.
Majorations familiales
La retraite de base prévoit plusieurs dispositifs de majorations liés aux enfants, qui peuvent significativement améliorer le montant de la pension. Il faut s'assurer qu'elles ont été bien prises en compte.
Majoration de durée d’assurance pour enfants
Les parents bénéficient de 8 trimestres supplémentaires par enfant, répartis comme suit :
- 4 trimestres pour la maternité ou l’adoption, attribués automatiquement à la mère.
- 4 trimestres pour l’éducation de l’enfant pendant les 4 années suivant la naissance ou l’adoption.
Ces trimestres sont attribués automatiquement à la mère, mais peuvent être partagés entre les deux parents si une déclaration conjointe est effectuée dans les 6 mois suivant le 4ᵉ anniversaire de l’enfant.
Ces majorations permettent d’augmenter la durée d’assurance et peuvent contribuer à atteindre le taux plein plus rapidement, réduisant ainsi le risque de décote.
Congé parental
Le congé parental d’éducation donne droit à des trimestres gratuits d’assurance retraite, équivalents à la durée du congé pris. Ces trimestres sont assimilés et comptabilisés dans la durée d’assurance. Ils ne sont pas cumulables avec les majorations de durée d'assurance pour enfants.
Majoration de pension pour 3 enfants ou plus
Les parents ayant eu (ou élevé pendant 9 ans avant leur 16ᵉ anniversaire) au moins 3 enfants, bénéficient d’une majoration de 10 % sur leur pension de base. Cette majoration s’applique directement au montant de la pension liquidée, et non au SAM ni aux trimestres, et profite aussi bien aux mères qu’aux pères dès lors que la condition d’éducation est remplie.
Parent au foyer sans activité ou travaillant à temps partiel
Les parents sans activité professionnelle ou travaillant à temps partiel pour élever un ou plusieurs enfants peuvent être affiliés gratuitement à l’Assurance retraite via le dispositif Assurance vieillesse du parent au foyer (AVPF). Les conditions d’affiliation varient selon le nombre d’enfants à charge et les ressources du foyer.
Enfant handicapé
Les parents ayant élevé un enfant handicapé de moins de 20 ans peuvent bénéficier de 1 trimestre gratuit par période de 30 mois d’éducation, dans la limite de 8 trimestres. Cette majoration est cumulable avec les autres dispositifs de majoration.
Assurance vieillesse des aidants
Les parents ayant cessé temporairement leur activité professionnelle pour s’occuper d’un enfant malade ou handicapé peuvent être affiliés gratuitement à l’Assurance retraite via le dispositif Assurance vieillesse des aidants (AVA). Les conditions d’affiliation varient selon la situation (congé de présence parentale, congé de proche aidant, etc.).
Surcote parentale
Les assurés nés à partir de 1964, ayant atteint le nombre de trimestres requis pour une retraite à taux plein avant l’âge minimum légal de départ à la retraite, et ayant droit à au moins 1 trimestre gratuit pour l’un des motifs suivants maternité/adoption et éducation, éducation d’un enfant handicapé, congé parental d’éducation; bénéficient d’une surcote de 1,25 % par trimestre accompli au-delà du nombre de trimestres requis, dans l’année précédant l’âge minimum légal de départ à la retraite. Cette surcote est plafonnée à 5 %.
Retraite anticipée
Certains assurés du régime général peuvent partir avant l’âge légal de départ à la retraite (62 à 64 ans selon l’année de naissance), à condition de remplir des critères spécifiques liés à leur parcours professionnel ou à leur état de santé. Ces dispositifs permettent d’obtenir une retraite anticipée, parfois dès 55 ans.
Retraite anticipée pour carrière longue
Les salariés ayant commencé à travailler très jeunes peuvent bénéficier d’un départ anticipé. Selon l’âge de début d’activité (avant 16, 18, 20 ou 21 ans) et la durée d’assurance cotisée, le départ peut être autorisé dès 58 ans. Ce dispositif exige à la fois un certain nombre de trimestres cotisés et une durée totale d’assurance.
Retraite anticipé pour handicap
Les assurés présentant une incapacité permanente d’au moins 50 % peuvent partir dès 55 ans, à condition de justifier d’un certain nombre de trimestres cotisés et validés en situation de handicap.
Retraite anticipée pour inaptitude au travail
Un assuré reconnu inapte au travail par le médecin-conseil de la Sécurité sociale bénéficie automatiquement d’une retraite à taux plein dès 62 ans, même s’il n’a pas la durée d’assurance requise.
Retraite anticipée pour incapacité permanente liée au travail
Un salarié qui présente une incapacité permanente d’au moins 20 % à la suite d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle peut partir dès 60 ans. En cas d’incapacité comprise entre 10 % et 19 %, un départ anticipé est aussi possible sous conditions (notamment la reconnaissance du lien entre la maladie ou l’accident et l’exposition à un risque professionnel).
Retraite anticipée pour pénibilité (Compte professionnel de prévention - C2P)
Les salariés exposés à certains facteurs de risques professionnels (travail de nuit, port de charges lourdes, travail répétitif, températures extrêmes, etc.) accumulent des points sur leur Compte professionnel de prévention (C2P). Ces points peuvent être utilisés pour financer une formation, aménager son temps de travail… ou avancer son âge de départ jusqu’à 2 ans.
Retraite anticipée pour exposition à l'amiante
Les anciens salariés exposés à l’amiante dans le cadre de leur activité professionnelle peuvent bénéficier d’une allocation spécifique (ACAATA) qui permet un départ anticipé dès 50 ans, sous conditions strictes d’exposition et de reconnaissance par arrêté.
Retraite progressive
La retraite progressive permet de réduire son activité tout en percevant une partie de sa pension, offrant une transition en douceur entre vie active et retraite complète.
Depuis le 1ᵉʳ septembre 2025, ce dispositif est accessible dès 60 ans (au lieu de 62 ans auparavant). Les conditions principales pour bénéficier de la retraite progressive sont les suivantes :
- Avoir au moins 150 trimestres validés.
- Travailler à temps partiel, entre 40 % et 80 % d’un temps plein pour les salariés.
- Obtenir l’accord de l’employeur (accepté tacitement en l’absence de réponse sous 2 mois).
Pendant la période de retraite progressive, vous touchez une fraction de vos retraites (base et complémentaire) tout en continuant à cotiser, ce qui permet d’acquérir de nouveaux droits. Au moment de la liquidation définitive, la pension est recalculée pour intégrer les droits acquis durant la retraite progressive.
Rachat de trimestres
Les salariés du privé peuvent améliorer leur retraite de base en rachetant des trimestres. Ce dispositif permet de valider des périodes pendant lesquelles vous n’avez pas cotisé, afin d’atteindre plus rapidement le taux plein ou d’augmenter le montant de votre pension.
Les principaux rachats possibles concernent :
- Les années incomplètes pour lesquelles vous n’avez pas validé 4 trimestres à tarif normal (ou dérogatoire pour les périodes d'activité spécifique en tant qu'apprentis ou assistant maternel)
- Les années d’études supérieures à tarif normal (ou dérogatoire)
- Les stages en entreprise réalisés dans le cadre d’études supérieures
- Les années d'activité salariée à l'étranger
- Certaines situations spécifiques, comme des périodes de travail pénal ou d’activité auprès d’un proche handicapé.
Le rachat se traduit par le versement volontaire de cotisations à l’Assurance retraite. Le coût de rachat dépend de votre âge, du nombre de trimestres rachetés et de l’option choisie (amélioration du taux de pension ou validation des trimestres pour le taux plein).
Surcote
La surcote permet d’augmenter le montant de sa retraite de base en continuant à travailler après l’âge légal de départ, alors que l’on a déjà réuni le nombre de trimestres nécessaires pour obtenir le taux plein.
Chaque trimestre supplémentaire cotisé au-delà du taux plein entraîne une majoration de 1,25 % sur le montant de la pension de base, sans limite d’âge. Cette majoration n’est pas toujours intéressante, notamment si l’on envisage d'effectuer le cumul emploi‑retraite libéralisé.
Depuis la réforme de 2023, une surcote spécifique dite surcote parentale a été créée pour certains parents. Elle permet également une majoration de la pension, sous certaines conditions, mais n’est pas cumulable avec la surcote classique.
Cumul emploi-retraite
Le cumul emploi-retraite permet au salarié déjà retraité de reprendre ou de continuer une activité professionnelle tout en percevant sa pension de retraite. C’est un levier intéressant pour compléter ses revenus et, dans certains cas, acquérir de nouveaux droits.
Le cumul peut être intégral ou plafonné. Le cumul intégral s’applique si vous avez atteint l’âge légal de départ à la retraite, obtenu toutes vos retraites de base et complémentaires, et réuni le nombre de trimestres nécessaires pour le taux plein. Dans ce cas, il n’y a aucune limite de revenus et vous percevez l’intégralité de vos pensions.
Si vous ne remplissez pas ces conditions, le cumul est alors plafonné : le total mensuel de votre retraite et de vos revenus d’activité ne doit pas dépasser la moyenne des trois derniers mois civils. En cas de dépassement, votre retraite est réduite. De plus, si vous reprenez une activité chez votre dernier employeur, vous devez respecter un délai de 6 mois après la date de départ à la retraite, sous peine de suspension de la pension.
Dans le cadre du cumul emploi-retraite intégral, les périodes d’activité effectuées après la retraite peuvent ouvrir droits à une seconde retraite, sous certaines conditions.
Minima et aides sociales
Les salariés du privé ayant une retraite à taux plein mais dont le montant est faible (ne dépasse pas 1 393,86 €/mois en 2025) peuvent bénéficier du minimum contributif. Ce dispositif complète automatiquement votre pension, sans démarche à effectuer. Son montant dépend du nombre de trimestres cotisés au régime général :
- Moins de 120 trimestres : 747,69 € bruts par mois en 2025, avec réduction proportionnelle si la durée d’assurance est inférieure au nombre de trimestres requis pour le taux plein.
- 120 trimestres ou plus : 893,65 € bruts par mois en 2025, également ajusté si la durée d’assurance est insuffisante.
Seules vos ressources personnelles sont prises en compte, celles de votre conjoint n’affectent pas vos droits.
En complément, des aides sociales existent pour les retraités disposant de faibles revenus. C’est le cas de l’Allocation de Solidarité aux Personnes Âgées (ASPA), anciennement appelée minimum vieillesse. Contrairement au minimum contributif, l’ASPA nécessite une demande auprès de l’organisme de retraite.
Pour en bénéficier, il faut :
- Être âgé d’au moins 65 ans (ou 62 ans dans certains cas : retraite anticipée pour handicap, inaptitude au travail, incapacité permanente ≥ 50 %, anciens combattants, déportés, etc.).
- Résider en France (ou y séjourner au moins 9 mois par an).
- Ne pas dépasser un plafond de ressources : 1 034,28 € par mois pour une personne seule, 1 605,73 € pour un couple (2025).
À retenir : les sommes versées au titre de l’ASPA peuvent être récupérées sur la succession si l’actif net excède un certain seuil : 107 616 € (150 000 € dans certains territoires d'outre-mer).
Les démarches pour demander la retraite de base
La retraite de base n’est pas attribuée automatiquement : il faut en faire la demande. L’Assurance retraite recommande de déposer son dossier dès 5 mois avant la date de départ souhaitée. La demande se fait directement en ligne sur lassuranceretraite.fr ou info-retraite.fr ou encore par courrier en remplissant un formulaire.
Il est important de vérifier et corriger au préalable son relevé de carrière pour éviter toute erreur dans le calcul. Une fois le dossier instruit, la caisse communique une notification d’attribution précisant la date de départ et le montant de la pension.
Les formalités peuvent vite devenir fastidieuses. Pour gagner du temps et sécuriser votre dossier, l’accompagnement d’un cabinet d’expertise retraite est vivement recommandé.
La retraite complémentaire des salariés du privé
Les cotisations retraite au régime complémentaire Agirc-Arrco
Les cotisations Agirc-Arrco sont prélevées sur le salaire brut et réparties entre le salarié et l’employeur, ce dernier en assumant la part majoritaire. Elles s’appliquent sur deux tranches de rémunération :
- Tranche 1 : jusqu’au plafond de la Sécurité sociale (PASS), fixé à 47 100 € / an en 2025.
- Tranche 2 : entre 1 et 8 PASS, soit jusqu’à 376 800 € / an en 2025.
Les taux de cotisation 2025 sont les suivants :
- Tranche 1 : 7,87 % (salarié : 3,15 % / employeur : 4,72 %)
- Tranche 2 : 21,59 % (salarié : 8,64 % / employeur : 12,95 %)
Exemple pour un salarié avec une rémunération annuelle de 50 000 € en 2025 :
- T1 : 47 100 € × 7,87 % = 3 706,77 €
- T2 : (50 000 € − 47 100 €) × 21,59 % = 626,11 €
Total cotisations (salarié + employeur) = 4 332,88 €.
L'acquisition des points Agirc-Arrco
Chaque mois, les cotisations versées par le salarié et l’employeur sont converties en points, dont le nombre dépend du salaire soumis à cotisation, du taux de calcul des points et du prix d’achat du point, également appelé salaire de référence.
Nombre de points = (rémunération x taux de calcul des points) / Prix d’achat du point (également appelé salaire de référence)
En 2025, le prix d’achat d’un point Agirc‑Arrco est de 20,1877 €, avec des taux de calcul de 6,20 % pour la tranche 1 et 17 % pour la tranche 2.
Par exemple, pour un salarié avec une rémunération annuelle de 50 000 € en 2025, les points acquis sont : 144 points pour la tranche 1 et 24 points pour la tranche 2, soit un total de 168 points.
- T1 : (47 100€ x 6,20%) / 20, 187€ = 144 points
- T2 : ((50 000€ - 47 100€) x 17%) / 20, 187€ = 24 points
Il est à noter que la différence (6,26%) entre le taux de cotisation total et le taux de calcul des points sert uniquement à financer le régime et ne génère pas de points supplémentaires.
Les points s’accumulent tout au long de la carrière, sans limite de durée, et prennent en compte à la fois les périodes de travail effectif et certaines périodes assimilées, comme le chômage indemnisé, la maladie, la maternité, le congé parental, l’invalidité ou l'accident du travail. Il est donc essentiel de vérifier régulièrement son relevé de points via le site de l’Agirc‑Arrco, afin de s’assurer qu’aucune période n’a été oubliée et que le total correspond bien à la réalité de votre parcours professionnel.
Les conditions pour obtenir la retraite complémentaire à taux plein
Vous pouvez bénéficier de votre retraite complémentaire Agirc-Arrco à taux plein dans les situations suivantes :
- Vous avez atteint l’âge légal de départ (entre 62 et 64 ans selon votre année de naissance) et validé le nombre de trimestres requis pour une retraite de base à taux plein.
- Vous avez atteint l’âge du taux plein automatique, fixé à 67 ans, quelle que soit votre durée d’assurance.
- Vous obtenez déjà votre retraite de base à taux plein au titre d’un dispositif particulier : carrière longue, handicap, inaptitude au travail, incapacité permanente, exposition à l’amiante, etc. Dans ce cas, la complémentaire suit automatiquement.
Si vous partez à l’âge légal sans avoir droit au taux plein dans le régime de base, votre pension complémentaire subira une minoration définitive.
Cette minoration est calculée soit en fonction de votre âge de départ, soit du nombre de trimestres manquants (maximum 20). Le calcul le plus favorable pour vous est automatiquement retenu.
Il est également possible de liquider sa retraite complémentaire dès 57 ans, même sans remplir les conditions de liquidation de la retraite de base. Dans ce cas, la minoration est appliquée uniquement en fonction de l’âge, et elle est définitive.
Le coefficient de minoration (-10 % pendant 3 ans) a été supprimé depuis le 1er décembre 2023 pour les nouvelles liquidation, et le 1er avril 2024 pour l'ensemble des retraités de l'Agirc-Arrco. En revanche, le coefficient de majoration temporaire reste en vigueur pour certains assurés : il ne concerne que les retraites déjà liquidées au 1er décembre 2023, ou les nouvelles liquidations lorsque l’assuré remplissait les conditions du taux plein avant le 1er décembre 2023 et a reporté son départ de 2 à 4 ans.
Le mode de calcul de la retraite complémentaire Agirc-Arrco
Le montant annuel de votre retraite complémentaire se calcule selon la formule suivante :
Pension annuelle = Nombre total de points accumulés × Valeur de service du point
Le nombre total de points correspond au cumul de tous les points acquis au cours de votre carrière, incluant les points des périodes assimilées (chômage, maternité, maladie, invalidité, congé parental, etc.).
La valeur de service du point, c'est le montant en euros attribué à chaque point au moment de la liquidation. En 2025, cette valeur est de 1,4386 € par point.
Par exemple, un salarié ayant accumulé 8 000 points dans sa carrière percevra une pension annuelle de 11 508, 80€ (8 000 points x 1,4386).
Par défaut, le versement de la pension est mensuel. Toutefois selon votre situation, il peut être trimestriel si vous résidez hors Europe, annuel si le nombre de points est compris entre 100 et 200, et en capital unique si le nombre de point ne dépasse pas 100.
Les leviers d’optimisation de la retraite complémentaire Agirc‑Arrco
Plusieurs dispositifs permettent d’augmenter le montant de votre retraite complémentaire.
Tout d’abord, la vérification et la correction de votre relevé de points est essentielle. En cas d’erreurs ou d’omissions (périodes d'activité ou assimilées non enregistrées, points mal calculés etc.), votre future pension peut être impactée. Il est donc conseillé de contrôler régulièrement votre relevé via le site Agirc‑Arrco et de demander la correction de toute anomalie constatée.
Certaines situations familiales ouvrent aussi droit à une majoration. Deux dispositifs existent : une majoration pour avoir élevé ou eu au moins trois enfants, et une majoration temporaire pour enfant à charge au moment du départ en retraite. Les deux ne sont pas cumulables : c’est la plus favorable qui s’applique.
Il est également possible de racheter jusqu'à 140 points Agirc-Arrco par an, dans la limite de trois années d’études supérieures ou d’années incomplètes. Attention toutefois, ces rachats de points ne sont possibles qu’à condition d’avoir déjà racheté les trimestres correspondants auprès du régime de base (Assurance retraite ou MSA).
Par ailleurs, continuer à travailler après l’âge légal de départ, même après avoir atteint le taux plein, permet de cumuler des points supplémentaires et d’augmenter votre pension. Ce mécanisme similaire à la surcote appliquée au régime de base, n'est pas forcement intéressant notamment si vous envisagez le cumul emploi-retraite intégral.
Justement, le cumul emploi-retraite constitue un autre levier : il permet de percevoir sa retraite tout en poursuivant une activité professionnelle, avec la possibilité, sous certaines conditions, d’acquérir de nouveaux droits et d’obtenir une seconde retraite complémentaire Agirc-Arrco.
Enfin, la retraite progressive joue également en faveur de la complémentaire. Durant cette période, vous continuez à cotiser et à accumuler des points sur votre rémunération. Avec l’accord de l’employeur, il est même possible de cotiser comme si vous travailliez à temps plein, ce qui permet de limiter l’impact d’une baisse de salaire sur le montant de votre retraite définitive.
Les démarches pour demander la retraite complémentaire Agirc-Arrco
La demande de retraite complémentaire se fait en même temps que la retraite de base. En pratique, un formulaire unique permet de déclencher les deux retraites via le site de l’Assurance retraite ou de l'info-retraite
Toutefois, il est aussi possible de passer par le portail agirc-arrco.fr, qui transmettra automatiquement la demande à l'Assurance retraite. Comme pour la retraite de base, il est recommandé de déposer son dossier dès 5 mois avant la date de départ. Après instruction, une notification de votre retraite complémentaire Agirc-Arrco vous est adressée, suivie de la mise en paiement de votre pension.
Les démarches étant souvent longues et complexes, il est fortement conseillé de se faire accompagner par un cabinet d’expertise retraite.